Septembre 2008 – 24 minutes avec Kiefer Sutherland

Paris Match

Grâce à « 24 heures », il est l’acteur américain le plus vu dans le monde. A Los Angeles, il nous a accordé un tête-à-tête pour la sortie de son film « Mirrors ».

Hôtel Four Seasons, Beverly Hills, 14e étage.

En blue-jean et tee-shirt, Kiefer Sutherland est sobre… point de vue vestimentaire. Il assure la promotion du film « Mirrors », long-métrage d’horreur réalisé par le Français Alexandre Aja. Il y interprète Ben Carson, un ex-flic qui devient le gardien de nuit d’une immense ­bâtisse délabrée pleine de miroirs. Du sang, des gorges tranchées et une enquête à rebondissements pour un bon film de genre. L’attaché de presse de la Fox prévient en souriant : « Avez-vous l’intention de poser des questions personnelles ? L’interview télé précédente s’est mal terminée… » Réponse : « La vie sexuelle de Kiefer n’est pas l’objet de la rencontre… » Il est content. Kiefer se pointe dans la chambre.

Il est 12 heures. Il a le teint terre de soleil, restes des traces de ­maquillage de sa session télévisée. Puisque tout le monde pose la grande question, allons directement au fait : « Il est comment Jack Bauer ? » Il a 41 ans, le visage légèrement marqué, ridé. On dirait un ex-bouffi dégonflé, mais il est pas mal. Et, miracle, il cherche un cendrier, et fume. Puis il se met en mode « junket », le marathon promo. Soit démontrer à quel point c’était formidable de bosser avec Alexandre, que tout s’est bien déroulé pendant le tournage en Roumanie, que le scénario l’a emballé tout de suite, qu’il a toujours craint les miroirs, qu’il n’aime pas se regarder. Ça, c’est vrai. Il cause d’une voix suave, basse, de couche-tard. Si on sent que ce n’est pas son exercice préféré, il fait le boulot. « Je voulais que les gens éprouvent de la peur. J’ai toujours adoré “L’exorciste”, “Amityville”, “Shining”, ces films qui commencent comme un drame classique et qui dérapent. Je m’occupe d’abord du personnage avant l’action. »

12 h 08. « Le fait que ce type nage en pleine déprime vous a donc attiré davantage que l’horreur ? » L’interruption ne lui plaît pas : « Je n’ai pas terminé ! Ce que je trouvais effrayant à propos du personnage l’est deux fois plus car je tiens à lui… Pour un acteur, c’est pain bénit un type si mal en point ! » Il a tellement kiffé, Sutherland, qu’il a enchaîné le tournage à peine la saison 6 terminée. Sans même 24 heures de break. « Bien sûr que j’aime me reposer, “24 heures” demande beaucoup d’énergie. J’ai connu suffisamment de hauts et de bas dans ma carrière pour reconnaître une bonne histoire. Je préfère travailler que rester chez moi, dans ce cas-là. »

12 h 12. « Parce que vous vous ennuyez ? – Cela peut arriver », glisse-t-il malicieusement. « Avez-vous tiqué sur l’alcoolisme du personnage, qui rappellera vos écarts de conduite, de voiture ? – Je m’en fous. Je ne fais pas attention à ce que les gens racontent. » C’est vraiment un problème à Los Angeles de boire et de sortir. Ici personne ne titube, tout est loin de tout. Il faut une auto. Kiefer s’est fait prendre par la patrouille quatre fois en presque vingt ans. La dernière arrestation lui a valu quarante-huit jours de prison fin 2007. « Pourquoi n’engagez-vous pas un chauffeur ? » Il sourit. « Hum… je fais des erreurs quelquefois… »

12 h 16. Depuis sept saisons, Sutherland incarne parfaitement Jack Bauer, cet agent secret tendu, survolté, qui sauve le monde, mais peine à sauver sa relation avec sa fille. Un succès colossal qui a aussi sauvé l’acteur en perdition. « Avant “24”, ma carrière touchait le fond. Pendant dix ans, j’ai fait des figurations pour vivre. » Il était devenu le roi des séries… B, au mieux. « Les trois mousquetaires », « Deux cow-boys à New York ». Pourtant, ça partait bien pour lui. En 1990, il sortait avec Julia Roberts, « L’expérience interdite » cartonnait. Pourquoi n’est-il pas l’égal des Cruise, Pitt et autre Depp ? « Aucune idée. Je me souviens, “Young guns 2” marchait fort, “L’expérience interdite” aussi et je ne décrochais aucun boulot ! » Peut-être fallait-il davantage de mordant et un meilleur agent. Après des navets par cageots, il a un temps quitté le métier pour des compétitions de rodéos. « Si personne ne veut de vous, autant faire ce que vous voulez ! »

12 h 17. La popularité de Bauer l’écrase-t-elle au point de le dé-crédibiliser s’il s’aventure dans la comédie romantique ? « Si je dois être identifié à lui pour le restant de mes jours, j’assume. Je continuerai tant que les scénaristes et les producteurs le souhaiteront. Contrairement aux rumeurs, je n’ai pas re-signé mon contrat depuis longtemps. Cela pourrait donc s’arrêter très vite ! »

12 h 18. Mais il ne sera jamais bien loin d’une caméra. Parce que ce Canadien natif de Londres ne veut rien d’autre depuis ses 15 ans. Et la grande ombre paternelle, celle de M. Klute, le Casanova Donald Sutherland, n’a pas éclairé ses débuts difficiles. « On ne se voyait pas. Il tournait des films peu commerciaux, habitait en France avec son épouse Francine [Racette]. Personne ne l’évoquait lors des auditions. Ici, si vous n’avez pas sorti un truc la veille, vous n’existez pas. » Désormais, ça tourne à peu près rond. Kiefer mène une vie de patachon de luxe dans le quartier de Silver Lake, vaguement excessive, et manage deux groupes de rock, Billy Boy on Poison et Honey Honey. Aurait-il pu tenter le plan rock star ? « Impossible, je serais mort depuis longtemps. »

12 h 20. L’attaché de presse signifie la fin de la visite de Kiefer Sutherland. Royal, Kiefer extirpe une cigarette et lâche doucement : « On continue le temps que je la fume. » Alors, on reprend, cool. « Adolescent, on veut toujours fuir ses parents. Mon frère Rossif, le fils de Francine et Donald, se voyait acteur, pourtant il a renoncé. Il écrit de la musique. C’est triste. Pareil pour ma fille de 20 ans, Sarah. Elle est douée, pourtant. Tous deux ont peur de se lancer à cause de mon père et moi », constate-t-il.

12 h 24. Clap de fin. Il salue en français, « enchanté », et offre la bise. On se verrait bien vadrouiller en soirée avec le garçon. A condition qu’il recrute un chauffeur.

François Bourboulon – Parismatch.com

Par Aurélie Raya

 Comic-Con 2008 Kiefer Sutherland pour Mirrors et 24

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